Un mail du dirigeant arrive un vendredi à 17 h 40 : dossier confidentiel, virement à passer avant la clôture, surtout n’en parlez à personne. Quarante minutes plus tard, l’argent est parti vers un compte étranger. L’arnaque au président — que la police et les banques appellent FOVI, pour « faux ordre de virement » — ne repose sur aucune prouesse technique : elle exploite la hiérarchie, l’urgence et le secret, et vise en priorité les PME, dont le service comptable tient souvent en une ou deux personnes. Ce guide détaille la mécanique, les variantes, la double validation qui la neutralise et les réflexes à avoir dans les heures qui suivent. Quand l’usurpation passe par un mail, notre méthode pour vérifier un e-mail suspect en 60 secondes reste le premier filtre.
⏱ L’essentiel en 30 secondes
- C’est une escroquerie au sens de l’article 313-1 du code pénal : 5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende encourus.
- Trois leviers systématiques : autorité, urgence et confidentialité — ce dernier ne sert qu’à empêcher la vérification.
- Seule parade efficace : une double validation non dérogeable, avec contre-appel sur un numéro de l’annuaire interne.
- Après un virement parti, la demande de retour de fonds (recall) se joue en heures — Cybermalveillance.gouv.fr la place avant le dépôt de plainte, qui pour une entreprise ne peut pas passer par THESEE (réservé aux particuliers).
- Le remboursement par la banque n’est jamais automatique : la jurisprudence le refuse quand aucune anomalie apparente ne pouvait alerter l’établissement.
Arnaque au président, FOVI, fraude au virement : de quoi parle-t-on
Cybermalveillance.gouv.fr définit l’escroquerie aux faux ordres de virement (FOVI) comme une arnaque qui, « par persuasion, menaces ou pressions diverses, vise à amener la victime à réaliser un virement de fonds non planifié ». Quand le message se présente comme émanant du dirigeant et revêt un caractère « urgent et confidentiel », le dispositif national parle d’arnaque au Président. Le sigle FOVI couvre la famille complète — faux dirigeant, faux fournisseur, faux banquier, faux salarié — quand le terme BEC (Business Email Compromise) désigne les cas où la fraude s’appuie sur une boîte mail piratée.
La distinction n’est pas académique : elle détermine le régime juridique. Si le virement a été saisi et validé par une personne habilitée de l’entreprise — même trompée —, l’opération est juridiquement « autorisée » et les règles de remboursement du code monétaire et financier ne s’appliquent pas. Si l’ordre transmis à la banque est un faux, l’opération devient « non autorisée » et bascule dans un tout autre régime. Nous y revenons plus bas.
À retenir : le FOVI n’est pas une cyberattaque au sens technique. Aucun malware, aucune faille logicielle : c’est de l’ingénierie sociale pure. Ni l’antivirus ni le pare-feu ne l’arrêtent, et la parade est organisationnelle avant d’être informatique.
Pourquoi les PME et leurs services comptables sont la cible prioritaire
La gendarmerie nationale le formule sans détour : ces escroqueries « touchent non seulement les grandes entreprises, mais aussi les PME, les artisans et les collectivités territoriales ». Trois caractéristiques structurelles expliquent cette exposition.
Le circuit de décision est court. Là où un groupe fait passer un virement par un contrôleur, un valideur et un signataire, une PME de 25 salariés s’appuie sur une comptable qui a la main sur l’outil bancaire et un dirigeant qui valide au téléphone. Ce raccourci devient le point d’entrée de la fraude.
L’organigramme est public. Site vitrine, mentions légales, LinkedIn, annonces légales et Kbis livrent en quelques minutes le nom du gérant et celui de la responsable administrative et financière. C’est ce que Cybermalveillance.gouv.fr recommande de limiter : « veillez à limiter la publication d’informations permettant d’identifier et de contacter vos collaborateurs habilités ».
Le moment est choisi — la gendarmerie décrit un appel ou un mail « le plus souvent en soirée, pendant les vacances ou au milieu d’un pont, quand l’équipe comptabilité est réduite », des périodes où l’équipe est incomplète et le dirigeant en congé. Et la messagerie est souvent le maillon faible : la fraude fait fréquemment suite au piratage d’une boîte mail, l’attaquant lisant les échanges pendant des semaines avant de frapper. Un identifiant volé par une campagne de phishing classique suffit à ouvrir cette porte.
La mécanique de l’attaque, étape par étape
Une arnaque au président réussie n’est presque jamais un mail isolé, mais une séquence étalée sur plusieurs semaines dont l’envoi du faux ordre n’est que l’avant-dernier acte.
Phase 1 — La reconnaissance en amont
L’escroc constitue une fiche d’entreprise : dirigeant et style d’écriture, nom de la personne qui manipule les paiements, banque, fournisseurs, congés annoncés sur les réseaux, structure des adresses mail. Rien de tout cela n’est illégal : l’entreprise publie elle-même ces informations.
Phase 2 — L’usurpation du dirigeant
- Le domaine sosie :
societe-martin.frdevientsociete-rnartin.fr(rn au lieu de m) — invisible sur un écran de téléphone. - Le spoofing d’expéditeur : le champ « De : » affiche la vraie adresse, mais les réponses partent vers une adresse pirate glissée dans le Reply-To.
- La boîte mail réellement compromise : le message part de la vraie adresse, depuis la vraie messagerie. Aucun contrôle d’en-tête ne le détecte : c’est la variante la plus dangereuse.
S’y ajoute le clonage vocal : quelques dizaines de secondes de voix publique suffisent à produire un appel synthétique convaincant, comme le détaille notre dossier sur l’arnaque deepfake au président.
Phase 3 — La pression, l’urgence et le secret
De : Marc D. <m.dubois@societe-rnartin.fr>
À : Sandrine L. (comptabilité) — vendredi 17:41
Objet : Confidentiel / à traiter aujourd’hui
Sandrine,
Nous finalisons une opération d’acquisition sur laquelle je ne peux pas communiquer en interne. Merci de n’en parler à personne, y compris à Julien.
Le virement de 84 200 € doit partir avant la clôture de ce soir, l’étude notariale attend la confirmation.
Je suis en réunion jusqu’à 19 h, injoignable — passez par Me Rousseau au 07 XX XX XX XX si besoin.
Je compte sur vous, je sais que je peux vous faire confiance.
Le point le plus contre-intuitif : la demande de confidentialité est le signal d’alerte numéro un. Un dirigeant peut demander de la discrétion vis-à-vis de l’extérieur ; il ne demande jamais à un salarié de cacher une écriture comptable à son responsable.
Phase 4 — L’exécution, puis la dispersion
Le compte destinataire — souvent une « mule » recrutée par petite annonce, ou une société écran à l’étranger — est vidé très vite : retraits, virements en cascade, conversion en cryptoactifs. D’où l’insistance de la gendarmerie : « chaque seconde passée diminue drastiquement les chances de récupérer votre argent ». Et l’escroc enchaîne souvent : dans l’affaire jugée par la Cour de cassation le 2 octobre 2024 (chambre commerciale, n° 23-13.282), sept ordres ont été passés par la comptable d’une SAS vers Hong Kong, pour 2 121 903,81 € en onze jours.
Le piège de la relance : après un premier virement, ne considérez jamais l’affaire close. Vérifiez s’il existe d’autres ordres en instance ou programmés vers le même RIB et faites bloquer ces coordonnées dans le logiciel comptable et l’outil bancaire — première recommandation de Cybermalveillance.gouv.fr.
Les variantes du FOVI qui coûtent le plus cher aux PME
| Variante | Identité usurpée | Prétexte | Signal qui la trahit |
|---|---|---|---|
| Arnaque au président | Le dirigeant, parfois son avocat | Acquisition, contrôle fiscal, litige confidentiel | Confidentialité imposée + urgence + dirigeant injoignable |
| Faux fournisseur / changement de RIB | Un fournisseur habituel | « Nous avons changé de banque, voici notre nouveau RIB » | Changement de RIB annoncé par mail, juste avant une échéance |
| Faux banquier | Un conseiller ou le service anti-fraude | « Test de sécurité », « virement de mise en sécurité » | Demande de codes ou de validation d’un virement « test » |
| Faux salarié | Un collaborateur de l’entreprise | Changement de coordonnées bancaires pour le salaire | Demande RH par mail seul, souvent en fin de mois |
| Faux auditeur | Un cabinet extérieur mandaté | « Vérification des flux », virement de contrôle | Mission absente du calendrier, interlocuteur inconnu du dirigeant |
| Deepfake vocal ou visio | Le dirigeant, en voix ou en image | Confirmation « en direct » d’un ordre écrit | Numéro inconnu, audio inhabituel, refus de rappel |
La variante « changement de RIB » est la plus rentable pour l’escroc : elle détourne des paiements légitimes, sur des factures réelles, parfois pendant des mois avant que le vrai fournisseur ne s’étonne d’un impayé. C’est aussi la plus difficile à contester, puisque l’entreprise a voulu payer.
Règle absolue sur les RIB : aucun changement de coordonnées bancaires d’un fournisseur, d’un salarié ou d’un client ne s’applique sur la seule foi d’un e-mail, d’un courrier ou d’un appel entrant. La validation se fait par rappel sur le numéro que vous possédez déjà dans votre base, jamais sur celui figurant dans la demande. Cette règle unique bloque à elle seule la majorité des FOVI.
Les signaux d’alerte à faire connaître au service comptable
Aucun de ces signaux n’est une preuve à lui seul. Deux ou trois réunis dans la même demande imposent l’arrêt immédiat et la vérification.
- Le secret imposé — « n’en parlez à personne », « ne passez pas par la procédure habituelle ».
- L’urgence courte — avant ce soir, avant la clôture, sous deux heures.
- Le timing — vendredi soir, veille de pont, congés, absence connue du dirigeant.
- L’émetteur injoignable — en avion, en réunion, joignable uniquement par écrit.
- Le canal détourné — passage au SMS ou à WhatsApp, avec un nouveau numéro « provisoire ».
- Le bénéficiaire inhabituel — pays sans lien avec l’activité, IBAN étranger.
- Le contournement du circuit — demande adressée à l’exécutant en court-circuitant son responsable.
- La flatterie ou la menace — « je sais que je peux compter sur vous », ou « cette lenteur nous coûte cher ».
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La procédure de double validation à mettre en place
Cybermalveillance.gouv.fr et la gendarmerie emploient la même formule : une « procédure de vérification et de validation hiérarchique interne non dérogeable ». Le mot important est le dernier : une procédure à laquelle le dirigeant peut déroger par un simple message ne protège de rien, puisque c’est exactement ce que l’escroc imite.
- Fixer un seuil et l’écrireAu-delà d’un montant défini, ou pour tout nouveau bénéficiaire, deux validations distinctes sont obligatoires — dans une note interne signée, pas dans une habitude orale.
- Séparer saisie et validationCelui qui saisit le virement ne doit pas être celui qui le valide. Tous les outils bancaires professionnels proposent ce paramétrage : encore faut-il l’activer.
- Imposer le contre-appel sur numéro connuNouveau bénéficiaire, changement de RIB, urgence, confidentialité : chacun de ces cas déclenche un rappel sur le numéro de l’annuaire interne, jamais sur celui fourni par le message. Si la personne est injoignable, le virement attend.
- Traiter le changement de RIB comme un acte à partFormulaire dédié, contre-appel auprès d’un interlocuteur connu, conservation de la preuve, et si possible un premier paiement de faible montant confirmé.
- Paramétrer plafonds et délais côté banquePlafond quotidien, délai de carence de 24 à 48 h sur tout nouveau bénéficiaire, alerte au dirigeant au-delà d’un montant : ces réglages coûtent zéro euro.
- Donner explicitement le droit de dire nonLe dirigeant doit écrire à son équipe : « si vous bloquez un de mes virements parce que la procédure n’a pas été suivie, vous avez raison ». Sans cette phrase, la procédure cède devant la hiérarchie.
- Tester la procédure une fois par anLimitez la publication des coordonnées des collaborateurs habilités aux paiements, puis testez : un exercice à blanc, fausse demande urgente envoyée avec l’accord du dirigeant, révèle en une heure ce qu’aucun document ne montre. La sensibilisation régulière des équipes vaut mieux qu’un diaporama annuel oublié.
La vérification du bénéficiaire (VoP) depuis le 9 octobre 2025 : utile, pas suffisante
Depuis le 9 octobre 2025, en application du règlement européen sur les virements instantanés, tous les prestataires de services de paiement de la zone SEPA doivent proposer la vérification du bénéficiaire (Verification of Payee, ou contrôle IBAN-nom) : avant validation, la banque compare gratuitement le nom saisi et le titulaire réel du compte lié à l’IBAN, puis affiche une correspondance exacte, approchante ou nulle.
Ce que la VoP ne bloque pas : l’alerte n’est qu’un avertissement — le donneur d’ordre peut passer outre et valider quand même, ce que fait une victime sous pression. Et si l’escroc a ouvert un compte au nom d’une société écran à la dénomination proche du vrai fournisseur, la correspondance peut ressortir « approchante » et passer pour une variation d’orthographe. La VoP ajoute un filtre, elle ne remplace pas le contre-appel.
Le virement est parti : les quatre premières heures
L’ordre des actions n’est pas indifférent. Commencer par le dépôt de plainte est une erreur de séquence : pendant ce temps, le compte destinataire se vide. La priorité absolue est bancaire.
- Appeler la banque et demander le retour des fondsImmédiatement, en demandant l’ouverture d’une demande de retour de fonds (recall), confirmée par écrit dans la foulée avec date, montant, compte débité et IBAN destinataire. Cybermalveillance.gouv.fr place cette démarche avant toute autre.
- Geler tous les flux vers le RIB frauduleuxIdentifiez les virements exécutés, en instance ou programmés vers ces coordonnées, bloquez l’IBAN dans le logiciel comptable et l’espace bancaire, et prévenez l’expert-comptable s’il exécute les paiements.
- Figer les preuvesExportez les mails complets avec leurs en-têtes techniques — pas de simples captures d’écran —, conservez SMS, numéros appelants, factures et ordres de virement. Ne supprimez rien.
- Vérifier si une messagerie a été compromiseChangez le mot de passe, activez la double authentification, révoquez les sessions actives et contrôlez les règles de redirection créées dans la boîte — un classique qui masque les échanges à l’utilisateur légitime.
- Déposer plainte au commissariat ou en gendarmerieUne entreprise ne peut pas utiliser THESEE, réservé aux particuliers majeurs : la plainte se dépose au commissariat, en gendarmerie ou par écrit auprès du procureur de la République. Le récépissé est réclamé par la banque et l’assureur.
- Se faire assister et déclarer le sinistreCybermalveillance.gouv.fr propose un parcours d’assistance, des prestataires référencés et le guichet en ligne 17Cyber. Déclarez le sinistre : savoir ce que couvre réellement une cyberassurance PME se règle avant l’incident, pas après.
- Corriger la faille organisationnelle, par écritIdentifiez les failles qui ont permis l’escroquerie et corrigez-les : cette trace évite la récidive et démontre votre diligence face à la banque comme à l’assureur.
Bon à savoir : le téléservice Perceval ne s’applique pas ici — il est réservé aux fraudes à la carte bancaire lorsque la carte est toujours en possession de la victime. Un virement frauduleux relève de la plainte classique et de la relation bancaire.
Le recall bancaire : ce qu’il est, ce qu’il ne garantit pas
Le recall est la procédure interbancaire par laquelle la banque du donneur d’ordre demande à celle du bénéficiaire de restituer les fonds. La banque destinataire dispose de dix jours ouvrés pour répondre, après avoir contacté son client et vérifié la disponibilité des fonds.
Un virement SEPA exécuté est irrévocable : le recall n’est pas un droit au remboursement mais une demande de restitution volontaire, que le titulaire du compte peut refuser — ce qu’un escroc fait toujours. Le facteur décisif reste le délai, le compte de la mule étant vidé dans les heures qui suivent. La banque a néanmoins une obligation de moyens : saisie d’une demande de recall, elle doit l’engager sans délai et rendre compte de ses diligences. Conservez l’horodatage de chacun de vos appels.
Si les fonds sont partis hors zone SEPA (Hong Kong, Émirats, Turquie…), la gendarmerie indique que les forces de l’ordre tenteront de faire bloquer les fonds via la coopération internationale. Cybermalveillance.gouv.fr recommande de se faire assister par un avocat, qui prendra attache avec un confrère du pays de destination.
Qui supporte la perte ? La responsabilité de la banque devant les tribunaux
Si le virement a été saisi et validé par une personne habilitée, même trompée, l’opération est juridiquement autorisée : les articles L. 133-18 et suivants du code monétaire et financier ne s’appliquent pas, et l’entreprise ne peut agir que sur le terrain de la responsabilité contractuelle de droit commun (article 1231-1 du code civil), en démontrant que la banque a manqué à son devoir de vigilance face à une anomalie apparente. Si l’ordre transmis est un faux émis sans habilitation, l’opération est non autorisée et le régime protecteur du code monétaire et financier s’applique.
| Décision | Situation | Issue |
|---|---|---|
| Cass. com., 2 oct. 2024, n° 23-13.282 | 7 virements de la comptable d’une SAS vers Hong Kong, 2 121 903,81 € en 11 jours, sur instruction de faux mails du président | Banque condamnée à hauteur de 1 060 951,90 € : face à des anomalies apparentes, elle devait alerter son client et faire confirmer les ordres |
| Cass. com., 12 juin 2025, n° 24-10.168 | Comptable trompé par de faux courriels du dirigeant, plus de 384 000 € virés à une société étrangère | Aucune anomalie apparente : la banque n’est pas responsable, un seul virement a pu être récupéré |
| Cass. com., 4 févr. 2026, n° 24-22.320 | Virement exécuté sur la base d’un faux ordre prétendument signé par le dirigeant | Cassation : pour une opération non autorisée, seul le régime du code monétaire et financier s’applique ; la banque ne pouvait être exonérée sur le seul fondement des défaillances internes |
Méfiez-vous des articles promettant un remboursement automatique. En 2026, la Cour de cassation a resserré son raisonnement en faveur des entreprises victimes — le régime spécial des opérations non autorisées prime sur le droit commun des contrats — sans poser de principe de remboursement systématique. La banque conserve ses exceptions, notamment la fraude ou la négligence grave du client.
Le point que les dirigeants découvrent trop tard : l’article L. 133-2 du code monétaire et financier autorise, lorsque l’utilisateur n’est pas un consommateur, des aménagements contractuels de plusieurs règles protectrices — notamment sur la charge de la preuve (art. L. 133-23) et sur la responsabilité de l’utilisateur (art. L. 133-19). Votre convention de compte professionnel peut donc vous placer dans une position moins favorable qu’un particulier : relisez-la avant l’incident. En cas de refus, notre guide sur les recours quand la banque refuse de rembourser détaille la marche à suivre.
Deux délais enfin. La contestation d’une opération non autorisée doit intervenir « sans tarder » et au plus tard treize mois après le débit (article L. 133-24 du code monétaire et financier), sous peine de forclusion. Et l’auteur identifié encourt cinq ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende pour escroquerie (article 313-1 du code pénal), la tentative étant punie des mêmes peines (article 313-3), auxquels s’ajoute l’accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données (article 323-1) si une messagerie a été piratée.
Le salarié qui a validé le virement est-il responsable ?
La réponse juridique est claire : non, sauf faute lourde. Selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation, la responsabilité pécuniaire d’un salarié envers son employeur suppose une faute commise avec intention de nuire — principe que la chambre sociale a encore rappelé fermement dans un arrêt du 6 mai 2025. La charge de la preuve pèse sur l’employeur et le doute profite au salarié. Une comptable trompée par un faux mail du dirigeant a été manipulée, pas complice : l’employeur ne peut ni lui réclamer les sommes détournées, ni les prélever sur son salaire.
Faute lourde ≠ faute grave. La faute grave, qui peut justifier un licenciement, n’exige pas l’intention de nuire : une sanction disciplinaire reste donc envisageable si le salarié a délibérément contourné une procédure interne connue et formalisée — d’où l’intérêt, pour l’employeur comme pour le salarié, qu’elle existe par écrit. La sanction pécuniaire, elle, suppose l’intention de nuire.
S’ajoute une évidence managériale : le salarié n’est pas la cause de la fraude, il en est le dernier maillon. La cause est en amont — absence de double validation, information publiée en excès, messagerie sans second facteur, culture où l’on ne dit pas non au patron. Sanctionner l’exécutant sans corriger le circuit garantit la récidive et détruit la remontée d’alerte. Financièrement, la perte se cumule avec des coûts indirects que détaille notre analyse du coût réel d’une cyberattaque pour une PME.
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FAQ — Arnaque au président et faux ordre de virement
Qu’est-ce que l’arnaque au président exactement ?
La banque doit-elle rembourser un virement parti à cause d’une arnaque au président ?
Combien de temps a-t-on pour faire rappeler un virement frauduleux ?
Un salarié peut-il devoir rembourser l’entreprise après un faux ordre de virement ?
Comment porter plainte quand c’est l’entreprise qui est victime ?
La vérification du bénéficiaire (VoP) protège-t-elle de l’arnaque au président ?
Pour aller plus loin : le guide complet du phishing et de l’hameçonnage, la fiche réflexe FOVI de Cybermalveillance.gouv.fr, ou votre diagnostic cybersécurité offert — 30 minutes pour vérifier si vos circuits de paiement tiendraient face à un faux ordre de virement.


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